Beyrouth, putain !
David Hury prolonge le match dans une trilogie trépidante
Jamais très facile de parler d’un auteur que l’on connaissait avant même qu’il ne le devienne. David Hury a vécu à Beyrouth près de vingt ans, dans les années 1990 /2000, c’est-à-dire aux lendemains d’une guerre fratricide dont ont comprend à la lecture de ses romans qu’elle n’a jamais été tout à fait “civile” et qu’elle n’est certainement pas tout a fait terminée.
Journaliste et coordinateur de la filière de journalisme de l’Université libanaise dans laquelle j’ai eu le plaisir d’intervenir à deux reprises (en 1999 et 2000) il peut prétendre à une connaissance du terrain et à un carnet d’adresses à nul autre pareil – une “légitimité” dirait Plenel. Hury avait alors entre 20 et 40 ans, autant dire un âge où l’on ne se couche pas avant d’avoir fait le tour de toutes les bonnes tables que seuls les initiés fréquentent. Chargé d’une expérience aussi riche, le risque de s’emmerder grave en rentrant n’était pas négligeable. Les voyageurs le savent : le retour est plus dur que le départ. Alors pour prolonger le plaisir, Hur se plonge dans les souvenirs de ses folles années beyrouthines et construit des romans.
Des romans qui s’inscrivent dans l’histoire régionale, tant celle du Liban est intrinsèquement liée à celle de ses voisins : la Syrie et Israël. Et pour le moins, Hury n’apprécie pas plus les Assad (père-fils-oncle-cousins) que Hassan Nasrallah leur allié, ou Meta Miaou leur ennemi (oui, le pote de Guillaume Meurice). Hury parvient même à faire une petite place au pédophile Mansour Labaky, l’abbé Pierre local, et cela ne serait qu’une demi-surprise de voir Carlos Ghosn apparaitre au générique du prochain opus !
Le texte ne swingue pas à proprement parler, il pulse au rythme de phrases courtes. J’avoue m’être parfois un peu perdu dans des détails inutiles, voire des redondances, qui auraient aisément pu laisser de la place pour creuser l’histoire qui semble justement tenir à cœur l’auteur et que ne maitrise pas le lecteur. Lire Hury, c'est un peu comme plonger dans les profondeurs du grand bleu : il faut prendre son souffle ou alors ne pas boire pendant huit jours, avant d’entreprendre cette lecture. Ou les deux.
Emporté dans son élan, l’auteur oublie cette règle d’or du journaliste : le lecteur se tue à condenser ce que l’auteur s’est tué à délayer. Mais il fonce le Hury, pied au plancher, comme l’Alpha de Marwan (modèle 160 CV, un peu plus dans les virages), nous livrant tous les détails de la ville, mieux que ne le ferait l’Ayatollah Lonely® ou le Guide Suprême Duroutard® sur fond de vieilles cassettes de stars oubliées. Mais qu’est-ce qu’elles chantent bien !
Hury maitrise son sujet, ses personnages. Il lui reste à trouver un narrateur. C’est important le narrateur, surtout dans un polar. Lorsque le récit ne s’écrit pas à la première personne, le narrateur conserve sa part de mystère, c’est un faire-valoir de l’action et des acteurs ; il est le seul à savoir. Ici, le narrateur se confond tantôt avec Marwan, tantôt avec l’auteur ; une double identification gênante pour la lecture, particulièrement lorsque le narrateur s’égare dans une forme de vulgarité qui ne se justifie pas, mais devrait être réservée aux personnages.
Malgré toutes ses petites imperfections, ce texte est frais et par-dessus tout humain. Non pas cet humanisme moraliste qui tendrait à nous faire croire que l’homme est bon et que les quelques méchants seront damnés en enfer. Non un humanisme qui ne cache pas la laideur intrinsèque d’une espèce pourrie jusqu’à la moelle, poursuivant un unique but : s’en mettre plein la gueule et plein les poches ; une espèce prête à piétiner son prochain (surtout sa prochaine) pour une poignée de dollars. La chute de Beyrouth Paradise, deuxième opus de sa trilogie publiée chez Liana Levi, ne laisse aucun doute là-dessus.
Mais David Hury n’a pas fait que laisser vingt années de sa vie au Liban… il y a laissé une grosse partie de ce qui a construit l’homme qu’il est devenu. Beyrouth Paradise est à l’image de cette histoire : l’ex-inspecteur Marwan Khalil a pris de la bouteille, il a même divorcé et vit avec l’espoir que sa fille (24 ans) exilée à Paris, viendra le rejoindre pour le réveillon de Noël. Et pas un fumier ne le privera de ce bonheur.
À lire
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Beyrouth Forever et Beyrouth Paradise, de David Hury sont parus chez Liana Lévi


